jeudi 23 août 2012

Visite de la ferme d'Ifer, épisode 2 : l'été


CR par Dominique Talidec
Photos de François Jonquet
jeudi 19 juillet 2012

Sylvie et Yvonnick Letort nous ont proposés de refaire le tour des champs que nous avions visités le 3 mars dernier afin de mieux connaître leur métier d'agriculteurs et comprendre concrètement comment une ferme constitue un « système » conditionné par de multiples facteurs dont le choix du modèle de travail. Ici, c'est l'autonomie et l'agriculture biologique. De façon à préserver les ressources de ce territoire (les sols, l'eau, la biodiversité …), de fournir une alimentation de qualité à ses habitants et de préserver également les ressources mondiales (pas d'importation de produits issus de cultures lointaines et dévastatrices).

Rappel général 

La ferme est constituée de 60 hectares de terre qui ont l'avantage d'être regroupés autour des bâtiments. C'est une ferme d'élevage de vaches laitières, comme beaucoup dans la région, mais avec ce choix d'autonomie nourricière (les vaches se nourrissent exclusivement sur la ferme) beaucoup moins répandu à notre époque. De plus, le cahier des charges de l'agriculture biologique exclut le recours aux produits de l'industrie chimique.
Ce type d'agriculture implique des rotations de culture sur 7 ans : 5 ans de prairie (semée la 1ère année seulement), puis 1 an de blé, puis 1 an de méteil (mélange de céréales et légumineuses). 
« Une bonne culture c'est quand il y a un bon précèdent »
Les parcelles sont délimitées en fonction de ce cycle long. À Ifer, chaque parcelle fait environ 3,5 ha (1hectare, c'est à peu près 1 terrain de foot). 
7 ha sont semés en blé utilisé par Sylvie pour faire le pain vendu à la ferme.
9 ha sont des prairies permanentes (par opposition aux prairies temporaires) et n'entrent pas dans le cycle de rotation des cultures.

1ère étape de notre parcours : la prairie en pâture.

Les vaches sont à la salle de traite, toute proche.
La culture de l'herbe nécessite une gestion précise. Une prairie est caractérisée par différents paramètres. Comme sa composition : semis de différents mélanges de graminées (fétuque, Ray grass, dactyle...) et de légumineuses (trèfles, luzerne …). Comme la hauteur de l'herbe, sa maturité et sa qualité (teneur en matière sèche et en azote). 
Il s'écoule environ 35 jours entre 2 pâturages sur une même parcelle : les vaches entrent quand l'herbe atteint environ 10 cm, elles en sortent quand elle est à 5 cm. Ceci, afin de favoriser la meilleure alimentation et la meilleure repousse. 
trèfle et ray-grass

Suivant l'importance des pluies, de la lumière et de la chaleur, l'herbe va croître plus ou moins vite et sa qualité va varier.
Par exemple, l'herbe stoppe sa croissance au dessus d'une température de 25 °. Mais si elle manque de soleil et de chaleur comme ce printemps, elle va avoir une forte teneur en azote et être un peu trop laxative pour les vaches. Il faut leur proposer un complément plus sec, plus énergétique, du foin par exemple.
Les refus sont les touffes d'herbe poussées sur les bouses que les vaches ne broute pas sauf s'ils sont fauchés.


2ème étape : la prairie de fauche.

En descendant la rabine pour nous y rendre, nous admirons les très vieux pommiers : ils disparaissent peu à peu car ils ont 80 ans et ont largement dépassé la limite d'âge.
Cette prairie a été semée avec un mélange de luzerne, de trèfle et de graminées. 
luzerne, trèfle et pois

La luzerne est une légumineuse très répandue dans le monde entier car elle est très résistante à la sécheresse grâce à ses racines profondes.
Dans nos régions, une prairie se fauche 3 fois par an : fin avril pour l'ensilage (fort taux d'humidité de l'herbe) ; puis un foin au printemps et un autre à l'automne.
Cette année, le foin de printemps, compte-tenu des pluies abondantes, a été conditionné selon la technique de l'enrubannage. C'est un moyen terme entre le foin (88 % de matière sèche) et l'ensilage (30 % de matière sèche). 
Pour la santé des plantes, il faut les laisser monter en fleur une fois par an.


3ème étape : le champ de méteil (au dessus de la prairie de fauche).


triticale, avoine et pois
Semé d'un mélange de triticale (hybride entre seigle et blé, très résistant aux maladies), d'avoine et de pois (légumineuse), il produit un aliment concentré et équilibré pour les vaches. Avec l'apport énergétique fourni par les céréales et l'apport en protéine des pois. 

Ce méteil est moissonné quand il est à maturité : observation de la dureté du grain. La paille servira pour la litière des animaux comme celle du blé.
Certains épis ont versé sous l'effet de la pluie et du vent, ce qui n’empêchera pas la moissonneuse de les ramasser.


4ème étape : un vêlage au champ.

Nous observons de loin la mise au monde, sans remue ménage, d'un petit veau. 
premiers pas

Nous rapprochant, Yvonnick nous présente Espérenza, la mère et Hacienda, la nouvelle-née. La déclaration de naissance donne lieu à une identification matérialisée par les 2 boucles d'oreille garantes de la traçabilité.Très rapidement (20/30 minutes) Hacienda cherche à tenir debout et finit par y parvenir après de nombreuses chutes. Puis elle se dirige vers les mamelles de sa mère, primipare, qui met un peu de temps à se laisser faire.
La gestation a duré 9 mois ; 6 semaine avant le vêlage, on « tarit » la vache (on ne la trait plus pour qu'elle se repose). Le vêlage se passe généralement sans aucune intervention. La vache mange son placenta. La séparation se fait dès le 1er jour afin d'éviter le stress. Le lait de la mère est commercialisable au bout de 7 jours.
À Ifer, il y a 45 vaches laitières et il faut environ 15 génisses par an pour le renouvellement du troupeau. Les mâles sont vendus.

5ème étape : le champ de maïs.

Ce maïs est destiné à l'ensilage après hachage de toute la plante (tige, feuilles, épis) quand le grain n'est pas encore sec. Ce maïs est stocké sous bâche afin de permettre une fermentation anaérobie. 
Sylvie et Yvonnick
Cela constitue un aliment pour les vaches l'hiver en association avec l'ensilage d'herbe et le foin.
Possibilité également de stocker le maïs sous forme de bouchons déshydratés.
Un labour peu profond (10 à 15 cm) est utilisé afin de désherber la parcelle avant les semis. Ce désherbage est ensuite continué par le passage de la herse étrille  à 2 cm de profondeur au moment des semis et par le passage de la bineuse qui nécessite un réglage très précis.

6ème étape : le champ de blé.

Chaque grain semé il y a 9 mois a donné 3 épis de maïs par tallage. La culture du blé nécessite plus d'eau que celle du maïs mais pendant la période hivernale à l'inverse du maïs.
le champ de blé

Sylvie décortique le grain pour éprouver sa dureté et donc sa maturité. La moisson s'effectue quand la teneur en humidité du grain est descendue à 14 %. La moissonneuse travaille vite et bien. 
Nous admirons le mélange des épis et des coquelicots (qui font des graines en très grande abondance, dont les racines sont importantes et qui ne font pas d'aliment ….).



7ème étape : retour à la 1ère pâture,

où les vaches se sont installées après la traite. Nous repérons les 3 races : Holstein, Normande, Montbéliard.

la pâture

8ème étape : discussion autour du nouveau PLU.

Des terres agricoles (environ 12 hectares) y sont déclarées « à urbaniser » pour pouvoir étendre les zones d'activité du Pont d'Ohin (Mailleux) et du Boulais. 
Ces terres se trouvent faire partiellement partie de la ferme d'Ifer (environ 6 hectares).
Sylvie et Yvonnick n'ont pas été associés à l'élaboration du PLU et n'ont même pas été informés de cette modification importante.
Ils sont venus protester lors du dernier Conseil municipal pour défendre la cohésion de leur ferme, la cohérence de leur travail qui valorise une ressource non délocalisable (« les meilleures terres d'Acigné »?), qui participe à la préservation du milieu naturel, de l'eau, de la biodiversité.
De ce point de vue, on peut souligner que l'usine Mailleux est située dans un bas-fond, c'est-à-dire une zone particulièrement sensible. Imperméabiliser encore des terres dans cette zone aurait un impact fort sur le milieu.
Les zones d'activité sont évidemment utiles. Mais, comme pour les habitations, on peut se poser la question des limites … , de choix politiques, de réorganisations ...
Avec Via Silva, la ville de Rennes va rejoindre la rocade nord-est. De l'autre côté, cette dynamique urbaine est-elle vouée à poursuivre sa route de façon inéluctable ? Juste bornée par de jolies trames vertes et bleus ...
L'enquête publique aura lieu à l'automne. Les plans cadastraux avec délimitation des zonages sont consultables sur demande à l'accueil de la mairie.

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