mercredi 14 novembre 2012

Compte-rendu de la conférence de Claude et Lydia Bourguignon à Acigné


Voici un premier compte-rendu rédigé par Dominic Talidec de Courants Alternatifs.
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Préserver la vie des sols
Conférence de Claude et Lydia Bourguignon
Acigné, 23 octobre 2012

« La vie se développe dans trois milieux : l’air, l’eau et le sol. Contrairement aux deux premiers qui sont purement minéraux, le sol se caractérise par le fait qu’il est organominéral »
(« Le sol, la terre, les champs », Claude et Lydia Bourguignon, éditions Sang de la terre, 2009)

… D’où sa rareté et sa fragilité par rapport aux deux autres milieux (attaches électriques et non atomiques entre les 2 catégories d’éléments qui le composent).

La dégradation des sols (Lydia Bourguignon)

Nous avons perdu l’équilibre agro-sylvo-pastoral et les sols ont tendance à perdre leur teneur en matière organique sous l’effet de différents facteurs qui se combinent entre eux.
  • Labour profond, compaction, cultures intensives, engrais et pesticides
  • Erosion : en France, il se perd en moyenne 40 tonnes de terre/hectare/an ; cela n’est pas vraiment visible (4 mm d’épaisseur). Cette érosion est beaucoup plus importante dans certaines parties du monde compte tenu des conditions climatiques (la température accélère la dégradation de la matière organique). La force érosive de l’eau est liée au carré de sa densité, donc une eau chargée en argile (densité de 4) aura une force érosive démultipliée (16) par rapport à une eau « pure » (densité de 1).  Cf. les dégâts occasionnés par les inondations.
  • Déforestation : l’arbre apporte de la matière organique (litière), recharge les nappes phréatiques grâce à ces racines profondes et préserve de la désertification (exemple d’Haïti qui a coupé ses arbres afin de « payer » son indépendance à la France : désertification et érosion contrairement au territoire voisin de St Domingue). Aujourd’hui, l’agroforesterie est remise en valeur par endroit : arbres espacés dans les champs afin de permettre le passage des engins agricoles.
  • Salinisation : entrainée par l’irrigation qui, dans les pays chauds, dépose des sels minéraux (contrairement à l’eau de pluie). 

Un sol dégradé, c’est :
  • la disparition de sa faune
  • la disparition de sa porosité à l’air et à l’eau
  • sa dégradation chimique (les minéraux ne sont plus fixés par la matière organique)
  • la pollution de l’eau
  • les rendements agricoles qui baissent (depuis 1980)

Comment restaurer la vie des sols ? (Claude Bourguignon)

« En profondeur, la roche se décompose en argile sous l’action des racines et des microbes ; en surface, la litière se décompose en humus sous l’action de la faune et des microbes. Le complexe argilo-humique se forme dans l’intestin des grands vers de terre qui font le va et vient verticalement » (« Le sol, la terre, les champs »).

La vie du sol, ce sont :
  • les champignons : seuls organismes susceptibles de dégrader la lignine des végétaux
  • les petits animaux aux différents horizons du sol
  • les bactéries qui minéralisent les éléments qui vont ainsi être assimilables par les plantes
  • les vers de terre

Ces différents éléments sont en interactions et donnent sa structure au sol.

Quand le sol manque de matière organique, il n’y a pas assez de champignons et trop de bactéries ; le sol ne retient plus l’eau … Dans l’état actuel des sols, en France, il n’est pas possible de réduire les intrants de 50% (objectif Grenelle).

Si certaines techniques agricoles dégradent la vie du sol, d’autres techniques permettent de la restaurer, à plus ou moins long terme :
  • le BRF ou bois raméal fragmenté, qui consiste à couvrir le sol de broyats de branches et génère le développement de champignons
  • le semis direct sous couvert : abandon du labour, le semis se fait directement après l’écrasement d’une culture intercalaire de type « engrais vert »
  • et d’autres encore qui sont choisies en fonction de leur adaptation au type de sol et de culture concerné 

Tout ceci implique la revalorisation du métier d’agriculteur qui nécessite, bien au-delà de l’application de techniques, une compréhension très fine des phénomènes complexes en jeu dans la vie des sols et dans l’agriculture.

De son côté, le consommateur ne paye pas sa nourriture assez cher mais, par contre, paye pour les pollutions diverses générées par des systèmes déséquilibrés.


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