vendredi 29 juin 2012

Quand les Acignolais des villes ont rendez-vous
avec les Acignolais des champs ...


Visites guidées sur le terrain avec David Jouault, 

les 12 mai et 9 juin 2012

CR par Hélène Poirier



Suite aux rencontres récentes de Courants Alternatifs avec les agriculteurs locaux, David Jouault nous avait proposé un rallye-ferme sur son exploitation. Deux visites ont été organisées, qui nous ont permis de découvrir l'histoire de cette exploitation, ainsi que la démarche de David et les évolutions qu'ils mettent en place avec Aline, son associée. David nous a guidé à travers les champs du Plessis et des Hautes Escures, pour nous montrer ses expériences, nous faire toucher et sentir les différentes qualités du sol, nous faire comprendre l'agriculture telle qu'il la pratique au quotidien.

Présentation générale :

David a grandi dans une famille d'agriculteurs installée aux Landelles à Thorigné-Fouillard. Après 6 mois de stage au Danemark à l'issue de sa formation, il a cherché un terrain pour s'implanter en 1ère couronne de Rennes. Mais en ce début du XXIème siècle, et malgré les aides à l'installation dont il pouvait bénéficier, ainsi que du soutien de ses frères, du notaire et du banquier de famille qui connaissaient bien le milieu agricole, il lui aura fallu 3 ans de recherches avant de trouver … L'exploitant des Hautes Écures sur Acigné part en retraite. Un accord est finalement conclu, et David peut s'installer enfin en 2002. Il reprend le cheptel de vaches laitières et l'exploitation de 50 ha de terres agricoles autour des bâtiments.

Pour autant, les premières années sont difficiles : des travaux de mise aux normes sont nécessaires, le prix du lait chute … Cette période difficile est l'occasion d'une réflexion sur les vrais choix que souhaitent David et Aline avec laquelle il s'est associé en 2006 – 2007. Cette association a permis de regrouper l'exploitation des Hautes Écures et 50 ha de terres du Plessis ("parmi les meilleures terres d'Acigné"), pour cultiver blé, maïs, luzerne, pois, colza … à la fois pour nourrir le cheptel de vaches et pour la vente. Des accords avec les agriculteurs voisins en élevage porcin, permettent de récupérer les effluents et de les épandre sur les terres des Écures (possible car il n'y a ni point d'eau, ni riverain) pour un bénéfice réciproque et une indépendance vis-à-vis de la production. L'intégration de réseaux associatifs (CETA, BASE) leur permet également d'échanger sur les pratiques techniques et économiques entre agriculteurs, de comparer leurs expériences et leurs résultats.

En parallèle, la rencontre de David avec Frédéric Thomas est déterminante : en associant les techniques sans travail du sol, la conception de nouvelles rotations de cultures, les couverts végétaux et les apports de compost, celui-ci a réussi à améliorer la fertilité de ses sols (pour plus d'info : http://www.agriculture-de-conservation.com/spip.php?page=sommaire).

Un choix d'orientations est pris entre associés, qui vise à produire en sorte d'avoir un revenu décent, tout en ayant un bon bilan carbone (moindre consommation de pétrole) :
  • il faut partir du sol et voir ce qu'il demande ("il faut faire du surf !"). C'est une chance d'avoir de très bonnes terres au Plessis : il y avait antérieurement des porcs et bovins et elles ont reçu une fumure équilibrée. Et comme il n'y a plus d'animaux dessus, il n'y a plus de compactage ; elles ne nécessitent donc plus d'être labourées pour décompacter.
  • vers une agriculture sans labour : ça remue moins le sol, ça préserve le travail qui s'y fait tout seul (grâce à l'action des vers de terre, bactéries et champignons). De plus, ça limite l'usage du tracteur et donc la consommation de pétrole.
  • le choix des outils et du matériel se fait maintenant sur le critère "comment il va vieillir" et en adaptation aux réels besoins du terrain
  • semi direct pour les cultures qui s'y prêtent + sélection d'engrais verts en rotation et associations de plantes ("à terme, l'idéal, c'est la permaculture !") avec gestion des récoltes multiples sur une seule phase de semis … dans la limite des contraintes règlementaires toutefois …


Aujourd'hui, le bilan "efficacité technique" est positif : rapporté à une production de 1000 L de lait et 1 ha de blé, les résultats production / charge de David et Aline les placent parmi le tiers supérieur des exploitants en Ille et Vilaine.

Mais passons sur le terrain …


Observations :
  • les outils : pelle, couteau, pénétromètre (pour simuler la zone d'exploration d'une racine)
  • le relief du terrain, l'humidité dans les champs 
  • le travail des vers de terre (nombre de galeries, différents type de vers de terre …)
  • degré de fermentation (versus oxydation) des végétaux en décomposition grâce au travail des champignons et bactéries


David nous explique quelques principes de base pour développer la biomasse (vers une agriculture "écologiquement intensive") :
  • planification et rotation des plantes + complémentarité des semis en sorte d'avoir 2 récoltes pour un seul passage de semis, et d'avoir toujours un sol couvert
  • faire des analyses des plants pour évaluer les carences en azote ou si le sol a pu exprimer tout son potentiel : l'intérêt d'un sol bien structuré (= moins travaillé au labour), c'est qu'il réagit plus vite au stress des intrants (herbicide, engrais), et qu'on a donc moins besoin d'en mettre. Les doses que David est amené à mettre sont de l'ordre du dixième de celles mises d'habitude.


Les difficultés rencontrées :
  • la Directive Nitrate votée au niveau européen n'autorise pas tous les engrais verts.
  • l'épandage de lisier (cf plus haut) se fait avec un outil qui écrase les cultures de blé quand elles sont montées : on ne peut donc le faire qu'avant. Une fois que le blé est levé, l'apport d'engrais se fait au moyen de perles d'azote diffusées par une trémie montée sur un tracteur plus léger
  • C'est quand on coupe le blé en été, qu'il faudrait pouvoir enrichir le sol en semant un engrais vert (pour ne pas laisser la terre à nu), et nourrir la terre avec de l'épandage (qu'il est obligatoire d'enfouir dans les 24H) ; or à cette période de l'année, cela est interdit par la législation …
  • en ce qui concerne la protection contre les pesticides pulvérisés, David explique que les protections individuelles sont contraignantes (manque de visibilité, encombrement des gestes …) et pour être vraiment efficaces, il faudrait changer les filtres à chaque fois, ce qui revient cher. Il en met pour les fongicides (qu'il estime être les plus dangereux pour lui), mais sinon, il préfère la ventilation de son tracteur sans cabine !
  • les corbeaux mangent les graines semées, et même les jeunes plants en tirant dessus (pour y faire face, il existe des graines enrobées d'un répulsif et vomitif …)
  • les limaces font également des ravages dans les cultures. Mais certains ont observé que quand elles s'attaquent à une espèce de plantes, elles restent sur cette espèce ensuite ; d'où l'idée de semer en même temps que ce qu'on souhaite récolter, une autre plante qui va pousser plus rapidement et qu'on ne cherche pas à récolter (sur laquelle les limaces vont jeter leur dévolu !). Il semblerait par ailleurs que les limaces mangent les pucerons … elles ne seraient donc pas si "nuisibles" que ça ? à vers la lutte intégrée …


Les expériences :
  • Le Plessis - Champ commun (4,4 ha) : du maïs précoce a été planté en semi direct avec un outil totalement réaménagé qui ne travaillera que là ou la semence en aura besoin : une dent prépare le chemin des futures racines, et un jeu de disques rotatifs ouvre juste le sillon, dépose les graines puis les recouvre. Les racines peuvent ainsi pousser facilement, et profiter du travail des vers de terre restés à côté. Un herbicide chimique est pulvérisé pour supprimer les indésirables qui font concurrence. Cet hiver, David avait mis de l'engrais vert, qu'il a passé au rouleau quand il a gelé pour faire un paillis, et la décomposition des racines a permis de nourrir le sol. Mais il a fallu passer un coup de glyphosate quand même, parce que tout n'avait pas gelé complètement.
  • Le Plessis - Recusses Haut (2,5 ha) : champ de luzerne, au milieu de laquelle ont poussé les cultures de l'an dernier (colza, blé …) Il y aura une première coupe qui sera donnée aux vaches, et la luzerne repartira toute seule après, pour que la seconde récolte soit assez propre pour pouvoir être vendue, sans avoir recours à un herbicide (dans la mesure où une diversité d’espèces est tolérée). Lors de notre deuxième visite, le champ a été coupé, la première récolte était en fait suffisamment propre et a pu être vendue.
  • Le Plessis - La Prée Sec (4,8 ha) : ce champ de pois planté en semi direct est attaqué par les pucerons. Le risque est qu'ils apportent un virus qui nanifie les gousses de pois … David hésite encore : traitement ou pas ? (le choix de ne pas en mettre sera finalement retenu) On observe ici l'effet talus : en bordure de champ, près des haies, l'ensoleillement est moindre et les plants lèvent moins ; une bande juste après en revanche, concentre la pluie et lève beaucoup plus, si bien que l'ensemble s'équilibre.
  • Le Plessis - La Prée Humide (5,1 ha) : ce champ a été planté en monoculture de maïs depuis 30 ans, avec un rendement stable. Le problème, c'est la résistance du liseron, car il n'existe pas de molécule efficace dessus. Cette année, David a tenté de semer du maïs sur 2 bandes croisées : l'une travaillée superficiellement avec un outil qui gratte la terre sur 3 cm, l'autre en perpendiculaire, en semis direct. Malheureusement, l'expérience n'est pas concluante : visiblement, ce champ n'est pas prêt pour le semi direct précoce … Cependant un second semis accompagné d’un grattage de surface à réussi à valider le concept du semis direct (si l’on accepte ce léger compromis) un mois et demi plus tard !!
  • Les Ecures : un champ de maïs planté sur une ancienne prairie a suggéré l'idée de conserver le trèfle pour qu'il nourrisse le maïs. Toutefois, il a fallu gérer l'équilibre pour que le trèfle ne prenne pas le dessus, quitte à passer un peu d'herbicide pour en limiter la croissance et permettre au maïs de dominer. L'idéal serait de pouvoir semer des haricots et du soja en inter-rang dans le maïs. En attendant de pouvoir le faire, David va semer une prairie qui sortira au moment de la récolte du maïs, pour permettre d'y installer les bêtes.
  • Dernier champ de notre visite, en bordure de forêt : sur cette ancienne prairie détruite au glyphosate, l'expérience de semis direct simplifié de maïs ne semble pas avoir marché non plus : la température ? le couloir de vent ? Décidément, ce métier est un peu aussi comme jouer au poker !?!

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