lundi 24 avril 2017

De nouveaux pommiers aux vergers conservatoires - Chapitre 6 : "Causerie" avec Acigné Autrefois sur l'histoire des activités autour de la pomme et du cidre ...

Suite du chapitre 5 : Plantations « un arbre, un enfant »


Vendredi 10 mars 2017 – Jean-Jacques Blain de l’association Acigné Autrefois, a présenté et commenté tout un diaporama retraçant la route de la pomme dans l’histoire et la géographie, jusqu’à aujourd’hui à Acigné … En voici une synthèse, mais nous espérons vivement qu’il aura l’occasion de renouveler sa présentation auprès d’un plus large public !



Rapide historique  général :
Depuis la Préhistoire, on a mangé des petites pommes issues des pommiers sauvages et on s’en est servi pour fabriquer des boissons fermentées.
La première amélioration majeure en Europe est venue au cours de l’Antiquité avec l’arrivée par la route de la soie de la culture d’une espèce asiatique à fruits beaucoup plus développés.
Le pommier est hétérozygote, c'est-à-dire que les « enfants » sont très variés et ne ressemblent pas forcément à leurs « parents ». La multiplication sexuée ne permet pas de garantir une stabilité de caractères. C'est le clonage par greffe qui est utilisé pour stabiliser des variétés. Cette technique s'est développée lentement en France (d'abord dans les abbayes du Moyen-Âge). Ce fut la deuxième « révolution » agronomique dans la culture des pommiers.
Jean-Baptiste de la Quintinie, créateur du Potager du roi, à Versailles, expérimente la technique de la taille en espalier pour les pommiers à couteau.
Le développement des pommiers à cidre dans le nord-ouest de la France s’est fait à partir du 16e siècle, en relation avec refroidissement climatique (« le petit âge glaciaire ») qui entraîna un recul de la culture de la vigne. Le cidre prit alors la place de la cervoise et du vin dans beaucoup de territoires.
Le cidre avait un autre avantage, la culture du pommier venant moins en concurrence d'autres cultures car les parcelles sont complantées (elles restent utilisées en prairies ou en cultures, contrairement à l'orge pour la cervoise ou à la vigne).

L'âge d'or du cidre en Ille-et-Vilaine :
Un développement continu s’opéra au 19e siècle et jusqu'en 1914. En 1890, l'IIle-et-Vilaine réalise 25 % de la production nationale de cidre. En 1920, on dénombre 250 variétés de pommiers en Ille-et-Vilaine.
La production nationale de cidre est de 30 millions d'hectolitres en 1913, à l’apogée, pour 42 millions d'habitants (aujourd'hui, c'est 1,1 millions d'hectolitres). La consommation, dans les campagnes comme dans les villes (Rennes en particulier) atteint alors des niveaux spectaculaires.
En 1950, environ les 2/3 des surfaces agricoles d'Acigné étaient encore plantés de pommiers.
Voir Géoportail : photos aériennes des années 1950 
https://www.geoportail.gouv.fr/carte?c=2.2631835937500004,46.67959446564018&z=6&l0=ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS.1950-1965::GEOPORTAIL:OGC:WMTS(1)&permalink=yes

C’était la boisson quotidienne de tous, souvent exclusive et intensive ...
On en consommait dans les nombreux cafés. En 1945, à Acigné on comptait 15 bistrots dans le bourg et 4 dans les villages, pour 1500 habitants. On en buvait naturellement d’abord dans les fermes, presque toutes productrices et ceci, à table, dans les champs et au cellier. La formule d’invitation était alors : « Viens, on va baiser une bolée au cul du fût ».

Cette production s’est maintenue à un niveau élevé jusque dans les années 1950, avant de s’effondrer en une génération, du fait de la chute de consommation. La mécanisation agricole donna le coup de grâce, les engins ne passant pas sous les pommiers dans les champs.
Aujourd'hui cependant, l’Ille-et-Vilaine reste toujours en tête avec la 1ère cidrerie de France, l’entreprise Loïc Raison à Domagné, et de multiples producteurs fermiers et artisanaux.

Fabrication du cidre :
Autrefois, on gaulait les pommiers et on ramassait les pommes à la main dans des carbassons ou caillebassons (panier), puis on les laissait « mûrir » en tas avant de faire le cidre. Aujourd'hui, on attend qu'elles soient mures dans l’arbre et tombent seules, ce qui est possible avec un ramassage mécanique répétée, au fur et à mesure (cidre du Val de Chèvre au Drugeon, La Bouëxière).
Puis, on broyait les pommes, avec le « moulard » (meule à cidre en granit) tracté par un cheval en manège, puis plus tard avec un broyeur mécanique motorisé.
Après le pressage à la ferme, le jus était mis en barriques (220 litres) ou en fûts (1200 litres) où se faisait la fermentation. On faisait peu de cidre bouché, alors que c’est l’essentiel de la consommation aujourd’hui.
De par la proximité avec Rennes, les agriculteurs d’Acigné livraient beaucoup de cidre à Rennes par fûts. Arrivés chez le client, cafés ou particuliers, les fûts (jusqu’à 1,2 tonnes) étaient pris en charge par des escouades spécialisés d’« encaveurs au fourché », qui se répartissaient les quartiers de Rennes et descendaient les fûts en douceur dans les caves.
  
A suivre dans le chapitre 7 : Questions des apprentis-greffeurs, une semaine après ...

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