jeudi 10 janvier 2013

Introduction à la permaculture

 Michel Frangeul, membre de Courants Alternatifs, nous a fait une excellente introduction à la permaculture lors de la dernière réunion mensuelle de l'association. Illustrant son propos d'exemples très pédagogiques, Michel nous a d'abord présenté les fondements et l'histoire de la permaculture, puis son application au jardinage. Comme toujours, cette soirée a permis de larges discussions très enrichissantes entre tous les membres présents.


Voici les notes utilisées par Michel au cours de son topo et en premier deux vidéos :




LA PERMACULTURE

C’EST QUOI ?

Ce n’est pas une méthode de jardinage ou d’agriculture
Ce n’est pas un simple catalogue d’outils écolos
Ce n’est pas un terme générique désignant un mode de vie écolo

"LA PERMACULTURE, C’EST : AMENAGER(*) DES HABITATS HUMAINS DURABLES ET PRODUCTIFS EN IMITANT LE FONCTIONNEMENT DES ECOSYSTEMES NATURELS."

C’est travailler avec la nature et non pas contre elle.
C’est tenter de réintégrer l’humanité dans l’écosystème planétaire.

(*) Les anglo-saxons emploient le terme de «DESIGN» difficile à traduire par un seul mot à tel point qu’il est souvent repris tel quel dans les textes français au risque d’être mal compris. Il faut comprendre par ce terme : AMENAGER, CONCEVOIR, PLANIFIER, ORGANISER.

L’ETHIQUE DE LA PERMACULTURE :

Respecter la Terre.
Respecter les humains.
Partager (réduire sa consommation, partager équitablement les surplus,...)

APPLICABLE A TOUS LES DOMAINES (jardin, fermes, mais aussi villages, quartiers urbains, écoles, balcons, ...) même si à l’origine le concept a été développé pour l’agriculture.

PERMACULTURE = PERMANENT AGRICULTURE, puis, de plus en plus : PERMANENT CULTURE.
HISTOIRE :

Formalisée par deux Australiens dans les années 70 :
  Bill MOLLISSON
  David HOLMGREEN
  Auteurs de deux livres fondateurs : Permaculture 1 et 2.

Des liens avec la pensée de FUKUOKA au Japon (non agir, voir le livre «La révolution d’un seul brin de paille»)

Autres noms connus aujourd’hui :
   Geoff LAWTON (Australie) connu pour le succès du re-verdissement d’une zone désertique en Jordanie (nombreuses vidéos sur Internet).
   Patrick WHITEFIELD (GB) => Nombreux ouvrages.
   Emila HAZELIP (Française d’origine Espagnole) a développé la notion de jardin synergétique sans bêchage (voir aussi le livre de JM. LESPINASSE «Le jardin naturel» qui reprend beaucoup de ses idées).

Plus connue dans les pays anglophones, les livres sur la permaculture commence à se diffuser en France avec des traductions et des stages de plus en plus nombreux (Association «BrindePaille», Ferme du petit Colibri, ferme du Bec Hellouin en France).

Le mouvement des villes en transition s’inspire des principes de la permaculture (Rob HOPKINS, fondateur du mouvement était professeur de permaculture au collègede Kinsdale enIrlande) avant de rejoindre Totnes en Angleterre.

Voir notamment la notion de résilience obtenue par les réseaux de relations diversifiées comme dans un écosystème.

La formation officielle en permaculture est formalisée par le «Permaculture Design Certificate» (PDC) à l’issue d’un stage de 72h (qui existe maintenant en France). 

LES PRINCIPES DE LA PERMACULTURE :

Ils reposent sur les principes de fonctionnement des écosystèmes (en les simplifiant considérablement ...).

Un système est constitué d’éléments vivants (plantes, animaux) ou artificiels fonctionnant en réseau, avec des relations entre eux : La durabilité, la résilience du système repose sur la quantité deconnexions entre les éléments (plus que sur le nombre d’éléments).

Ce sont ces connexions que la permaculture vise à mettre en place.

EXEMPLES DE PRINCIPES (Mollison) :

   Chaque élément assure plusieurs fonctions (S’amuser par exemple à lister toutes les fonctions d’un arbre, on en trouve facilement plusieurs dizaines ...).

   Chaque fonction est assurée par plusieurs éléments.

   Les productions des uns sont les ressources des autres (LA NOTION DE DÉCHET N’EXISTE PAS DANS LA NATURE).

   Une ressource nécessaire à un élément qui n’est pas assurée par un autre élément implique une importation extérieure (pétrole?).

   La production d’un élément qui n’est pas utilisée par un autre élément devient une pollutio n (un déchet).

   Une fonction nécessaire au système qui n’est assurée par aucun élément du système impose du travail humain.

   Chaque élément doit être placé dans le système afin de maximiser ses relations bénéfiques avec les autres (pas de déchet, pas d’importation, pas de travail, ... Et du rendement).

AUTRES PRINCIPES (plus sophistiqués) : 12 principes de Holmgreen.
             voir http://permacultureprinciples.com/fr/

LES OUTILS pour aider à organiser au mieux les ystème et mettre les éléments au bon endroit :
 Le Zonage d’un site:
    Zone 0 à 5 : En allant vers une intervention humaine de plus en plus faible.
    Zone 0 : Le logement
    Zone 5 : La nature

 Les secteurs:
    D’où viennent les vents dominants, l’ensoleillement d’hiver et d’été, etc

EXEMPLE d’éléments connectés :

   L’association d’une vigne et d’une baie vitrée. La vigne produit des fruits, elle protège la baie vitrée avec ses feuilles l’été, elle perd ses feuilles en hiver et laisse passer le soleil qui va réchauffer la maison, le toit de la maison récolte l’eau de pluie qui va arroser la vigne, les feuilles de vigne tombent au sol et enrichissent la terre, etc...

   L’aquaponie : Des poissons sont élevés dans une mare ou un bassin, les rejets des poissons vont nourrir des légumes comestibles qui en même temps vont purifier l’eau des poissons. Le système produit des poissons et des légumes sans produire de déchet (ce qui constitue un vrai problème en aquaculture classique).

   La serre accolée au poulailler : La serre réchauffe les poules l’hiver en journée, les poules dégagent de la chaleur la nuit, les poules dégagent du CO2 utilisé par les plantes de la serre, le toit de la serre recueille l’eau de pluie pour les poules, etc...

LA PERMACULTURE APPLIQUEE AU JARDIN :

        Un modèle d’écosystème en climat tempéré : La forêt : 7 étages de végétation, ramenés à 3 dans les jardins forestiers.

Favoriser les plantes vivaces (y compris les légumes) et tenter de rendre pérennes les plantes annuelles (plantes qui se ressèment seules, etc...) pour limiter le travail.

   Exemple : Carré de mâche qui se ressème, carotte dont on coupe l’extrêmité avec les feuilles et que l’on replante, tomate en fin de saison que l’on enfouit sous le paillage pour la saison suivante.

Couvrir le sol de façon permanente comme dans une forêt de façon à stocker le carbone (la permaculture considère qu’il s’agit là d’un stockage d’énergie) et nourrir la vie du sol.

A priori ne pas travailler le sol (il y a néanmoins des tolérances :J ardinage biointensif développé par John Jeavons en Californie pour les annuelles).

Favoriser les effets de bordures, les plus productives dans la nature (eau/terre, clairières, ...) d’où la forme sinueuse et compliquée des jardins en permaculture (mandala, buttes, trous de serrure).

Utiliser la «3ème dimension» comme en forêt (jardins verticaux, fruitiers le long des murs d’immeubles au sud, treilles ...)

Diversifier les productions en mélangeant tout pour faire travailler les plantes «en équipes» qui se renforcent mutuellement. Jamais de plantes en «rangs d’oignons».

   Exemple 1 : Les 3 soeurs en Amérique du sud : Maïs, courges, haricots. Le haricot apporte l’azote, le maïs sert de tuteur aux haricots, les courges apportent de l’ombre et de l’humidité : Ces 3 éléments se soutiennent mutuellement. De plus, les protéines du maïs et des haricots se complètent et les courges apportent des vitamines : Cet ensemble apporte donc un repas complet.

    Exemple 2 : Aquaponie, des poissons dans une mare ou un bassin, les rejets des poissons vont nourrir des légumes comestibles qui en même temps vont purifier l’eau des poissons.

Localiser et arranger les plantes pour une productivité maximale : Des arbres fruitiers hauts côté nord, des arbustes à petits fruits dessous au sud, puis des légumes au sol => Imiter une clairière forestière.

Favoriser le compostage en surface (à froid) plutôt que le compost «chaud», Mollisson considère que ce dernier devrait-être exceptionnel car la perte d’énergie est considérable sous forme de chaleur (sauf si cette chaleur peut servir à chauffer de l’eau par exemple ou une couche chaude ...).

   Exemple : Faire pousser des concombres sur l’extérieur d’un cylindre en grillage et utiliser l’intérieur comme compost en surface en versant des déchets de cuisine et végétaux.

Bannir les pelouses entretenues et tondues (véritable bête noire de Bill Mollisson compte tenu de la consommation d’eau, d’intrants, d’énergie pour une production alimentaire nulle).

Cultiver intensivement de tous petits espaces, y compris les toits, les murs, etc ... => Jardinage urbain :

   Exemple 1 : La micro ferme «Path to freedom» à Pasadena (LosAngeles/ Califormie), produisant 3 tonnes de nourriture par an sur 400m2 !!!!

   Exemple 2 : Le jardin forêt de Mikeet Julia Guerra en Angleterre sur 10m x 4m !! 

LA GESTION DE L’EAU EN PERMACULTURE

Inspirée du cycle de l’eau dans la nature (l’eau coule des montagnes vers la mer et de façon générale des points hauts vers les points bas en assurant une foule de fonctions avant d’arriver à la mer).

Collecter l’eau de pluie le plus haut possible afin de pourvoir ensuite la gérer par gravité sans pompes ni énergie apportée (à l’opposé de la tendance générale qui consiste à enterrer les cuves ... et en suite à pomper l’eau en consommant de l’électricité).

La faire circuler le plus lentement possible (la permaculture considère l’eau comme une forme d’énergie qu’il faut capter, stocker et garder le plus longtemps possible avant qu’elle ne quitte le site).

   Exemple : Réservoir en hauteur, irrigation par gravité, trop plein dans une mare, trop plein de la mare infiltré dans le sol d’une zone humide.

Utilisation des baissières (fossés parallèles aux courbes de niveau) pour infiltrer l’eau dans le sol (le contraire des drains qui cherchent à évacuer l’eau le plus vite possible).

Dans une maison : Utiliser plusieurs fois l’eau (douche puis chasse d’eau, eau de rinçage de la vaisselle pour arroser des arbres ...). 

SITES :

http://permacultureprinciples.com/fr/:PrincipesdeHolmgreen

http://www.spirale.attac.org/node/596:VidéodujardindesfraternitésouvrièresenBelgique

http://www.permaculturedesign.fr/:Pasmaldetechniquesexpliquées.

http://www.fermedubec.com/ferme.aspx:FermeenpermacultureenNormandie

http://asso.permaculture.fr/:Association«brindepaille»

....ET beaucoup d’autres ....

lundi 3 décembre 2012

Alerte au grignotage de terres agricoles - création d'un collectif de protestation


Une modification du PLU d'Acigné

Le conseil municipal d'Acigné propose actuellement une modification du plan local d'urbanisme (PLU)  qui réserve  10% de la surface de la ferme d'Ifer pour agrandir la zone artisanale du Boulais. Cette amputation de terres agricoles aurait des impacts négatifs sur la viabilité de la ferme, sur l'approvisionnement alimentaire local, et plus généralement sur l'état de nos biens communs (sol, eau, biodiversité, énergie et climat).
La modification du PLU envisage également une deuxième transformation de 4 ha de terres agricoles en zone à urbaniser pour l'extension de la zone artisanale du pont d'Ohin, dans le prolongement de l'usine MX.
Un collectif de protestation contre ces projets vient d'être créé, dans le but d'informer les acignolais avant l'enquête d'utilité publique qui devrait avoir lieu au premier semestre 2013.

Ifer : une ferme cohérente, utile aux acignolais

La ferme d'Ifer, localisée sur la commune d'Acigné, est une entreprise familiale. Yvonnick et Sylvie LETORT sont locataires des terres. 
Les 60 ha de terres de la ferme sont rassemblées en un seul bloc, avec une implantation des bâtiments au centre. Cet atout apporte une grande cohérence à cette ferme et contribue à sa viabilité.
Sylvie et Yvonnick pratiquent un élevage de vaches laitières, en agriculture biologique et complètent leurs revenus par la fabrication de pains. Yvonnick s'occupe du troupeau avec un salarié. Sylvie fabrique le pain dans son propre fournil, avec du blé cultivé sur la ferme. 
Ils pratiquent la vente directe aux particuliers, de viande, de lait  et de pain biologiques. Ils assurent également un relais pour la vente des légumes biologiques d'Alan qui est un maraicher voisin de leur ferme.

Un collectif de soutien

Suite à l'appel de Sylvie et Yvonnick, un collectif de soutien à l'intégrité de la ferme d'Ifer vient de se constituer autour d'eux. Il intègre l'association acignolaise Courants Alternatifs, des clients de la ferme et d'autres personnes soucieuses du grignotage des terres agricoles et de l'aménagement du territoire.
Plusieurs commissions ont été constituées. Les premières réunions se dérouleront à la ferme d'Ifer durant les deux semaines à venir avant Noël.
Toute personne voulant participer aux réunions du collectif peut contacter Sylvie et Yvonnick Letort.

adresse mail : pluacigne-AT-gmail.com (remplacer -AT- par @)

mercredi 14 novembre 2012

Deuxième compte-rendu de la conférence de Claude et Lydia Bourguignon

Voici un autre compte-rendu de la conférence rédigé par un membre des colibris de Rennes, et qu'ils nous autorisent à diffuser.
Vous pouvez télécharger le fichier pdf associé à la légende de l'illustration suivante :



Les colibris du pays de Rennes constituent un groupe local du mouvement Colibris porté notamment par Pierre Rabhi. 


Compte-rendu de la conférence de Claude et Lydia Bourguignon à Acigné


Voici un premier compte-rendu rédigé par Dominic Talidec de Courants Alternatifs.
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Préserver la vie des sols
Conférence de Claude et Lydia Bourguignon
Acigné, 23 octobre 2012

« La vie se développe dans trois milieux : l’air, l’eau et le sol. Contrairement aux deux premiers qui sont purement minéraux, le sol se caractérise par le fait qu’il est organominéral »
(« Le sol, la terre, les champs », Claude et Lydia Bourguignon, éditions Sang de la terre, 2009)

… D’où sa rareté et sa fragilité par rapport aux deux autres milieux (attaches électriques et non atomiques entre les 2 catégories d’éléments qui le composent).

La dégradation des sols (Lydia Bourguignon)

Nous avons perdu l’équilibre agro-sylvo-pastoral et les sols ont tendance à perdre leur teneur en matière organique sous l’effet de différents facteurs qui se combinent entre eux.
  • Labour profond, compaction, cultures intensives, engrais et pesticides
  • Erosion : en France, il se perd en moyenne 40 tonnes de terre/hectare/an ; cela n’est pas vraiment visible (4 mm d’épaisseur). Cette érosion est beaucoup plus importante dans certaines parties du monde compte tenu des conditions climatiques (la température accélère la dégradation de la matière organique). La force érosive de l’eau est liée au carré de sa densité, donc une eau chargée en argile (densité de 4) aura une force érosive démultipliée (16) par rapport à une eau « pure » (densité de 1).  Cf. les dégâts occasionnés par les inondations.
  • Déforestation : l’arbre apporte de la matière organique (litière), recharge les nappes phréatiques grâce à ces racines profondes et préserve de la désertification (exemple d’Haïti qui a coupé ses arbres afin de « payer » son indépendance à la France : désertification et érosion contrairement au territoire voisin de St Domingue). Aujourd’hui, l’agroforesterie est remise en valeur par endroit : arbres espacés dans les champs afin de permettre le passage des engins agricoles.
  • Salinisation : entrainée par l’irrigation qui, dans les pays chauds, dépose des sels minéraux (contrairement à l’eau de pluie). 

Un sol dégradé, c’est :
  • la disparition de sa faune
  • la disparition de sa porosité à l’air et à l’eau
  • sa dégradation chimique (les minéraux ne sont plus fixés par la matière organique)
  • la pollution de l’eau
  • les rendements agricoles qui baissent (depuis 1980)

Comment restaurer la vie des sols ? (Claude Bourguignon)

« En profondeur, la roche se décompose en argile sous l’action des racines et des microbes ; en surface, la litière se décompose en humus sous l’action de la faune et des microbes. Le complexe argilo-humique se forme dans l’intestin des grands vers de terre qui font le va et vient verticalement » (« Le sol, la terre, les champs »).

La vie du sol, ce sont :
  • les champignons : seuls organismes susceptibles de dégrader la lignine des végétaux
  • les petits animaux aux différents horizons du sol
  • les bactéries qui minéralisent les éléments qui vont ainsi être assimilables par les plantes
  • les vers de terre

Ces différents éléments sont en interactions et donnent sa structure au sol.

Quand le sol manque de matière organique, il n’y a pas assez de champignons et trop de bactéries ; le sol ne retient plus l’eau … Dans l’état actuel des sols, en France, il n’est pas possible de réduire les intrants de 50% (objectif Grenelle).

Si certaines techniques agricoles dégradent la vie du sol, d’autres techniques permettent de la restaurer, à plus ou moins long terme :
  • le BRF ou bois raméal fragmenté, qui consiste à couvrir le sol de broyats de branches et génère le développement de champignons
  • le semis direct sous couvert : abandon du labour, le semis se fait directement après l’écrasement d’une culture intercalaire de type « engrais vert »
  • et d’autres encore qui sont choisies en fonction de leur adaptation au type de sol et de culture concerné 

Tout ceci implique la revalorisation du métier d’agriculteur qui nécessite, bien au-delà de l’application de techniques, une compréhension très fine des phénomènes complexes en jeu dans la vie des sols et dans l’agriculture.

De son côté, le consommateur ne paye pas sa nourriture assez cher mais, par contre, paye pour les pollutions diverses générées par des systèmes déséquilibrés.


mercredi 24 octobre 2012

Préserver la vie des sols : un sujet qui passionne!

Suite à la conférence de Lydia et Claude Bourguignon au Triptik d'Acigné le mardi 23 octobre 2012, voici un article qui aurait pu passer dans Ouest-France :

Nous avons fait plus que salle comble hier, et nous n'avons pas pu malheureusement  laisser entrer tout le monde.


Plus de 350 personnes  beaucoup de jeunes, des personnes venus de loin, prêtes à rester debout, pour assister à cette conférence passionnante ; de nombreux agriculteurs également qui ont eu l'occasion d'échanger avec les Bourguignon, de leur poser des questions précises sur des solutions concrètes, qui leur ont fait part aussi de leur colère face à une technocratie aveugle vendue aux lobbys industriels, incapable de prendre en compte les simples lois de la nature ! Et Lydia Bourguignon de leur suggérer, aux producteurs mais aussi aux consommateurs, d'entrer en résistance contre un système qui a montré, depuis cinquante ans, son incapacité à nourrir l'humanité.  Car chaque jour, la nature nous rappelle malheureusement un peu plus, qu'on ne peut pas impunément violer ses lois ! Il y a eu aussi un moment d'émotion lorsqu'une jeune étudiante en biologie a remercié Claude et Lydia Bourguigon de consacrer leur vie à ce combat si vital. En nous quittant, Claude et Lydia Bourguignon nous ont rappellé cette phrase de Sénèque :"ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles"

jeudi 23 août 2012

Visite de la ferme d'Ifer, épisode 2 : l'été


CR par Dominique Talidec
Photos de François Jonquet
jeudi 19 juillet 2012

Sylvie et Yvonnick Letort nous ont proposés de refaire le tour des champs que nous avions visités le 3 mars dernier afin de mieux connaître leur métier d'agriculteurs et comprendre concrètement comment une ferme constitue un « système » conditionné par de multiples facteurs dont le choix du modèle de travail. Ici, c'est l'autonomie et l'agriculture biologique. De façon à préserver les ressources de ce territoire (les sols, l'eau, la biodiversité …), de fournir une alimentation de qualité à ses habitants et de préserver également les ressources mondiales (pas d'importation de produits issus de cultures lointaines et dévastatrices).

Rappel général 

La ferme est constituée de 60 hectares de terre qui ont l'avantage d'être regroupés autour des bâtiments. C'est une ferme d'élevage de vaches laitières, comme beaucoup dans la région, mais avec ce choix d'autonomie nourricière (les vaches se nourrissent exclusivement sur la ferme) beaucoup moins répandu à notre époque. De plus, le cahier des charges de l'agriculture biologique exclut le recours aux produits de l'industrie chimique.
Ce type d'agriculture implique des rotations de culture sur 7 ans : 5 ans de prairie (semée la 1ère année seulement), puis 1 an de blé, puis 1 an de méteil (mélange de céréales et légumineuses). 
« Une bonne culture c'est quand il y a un bon précèdent »
Les parcelles sont délimitées en fonction de ce cycle long. À Ifer, chaque parcelle fait environ 3,5 ha (1hectare, c'est à peu près 1 terrain de foot). 
7 ha sont semés en blé utilisé par Sylvie pour faire le pain vendu à la ferme.
9 ha sont des prairies permanentes (par opposition aux prairies temporaires) et n'entrent pas dans le cycle de rotation des cultures.

1ère étape de notre parcours : la prairie en pâture.

Les vaches sont à la salle de traite, toute proche.
La culture de l'herbe nécessite une gestion précise. Une prairie est caractérisée par différents paramètres. Comme sa composition : semis de différents mélanges de graminées (fétuque, Ray grass, dactyle...) et de légumineuses (trèfles, luzerne …). Comme la hauteur de l'herbe, sa maturité et sa qualité (teneur en matière sèche et en azote). 
Il s'écoule environ 35 jours entre 2 pâturages sur une même parcelle : les vaches entrent quand l'herbe atteint environ 10 cm, elles en sortent quand elle est à 5 cm. Ceci, afin de favoriser la meilleure alimentation et la meilleure repousse. 
trèfle et ray-grass

Suivant l'importance des pluies, de la lumière et de la chaleur, l'herbe va croître plus ou moins vite et sa qualité va varier.
Par exemple, l'herbe stoppe sa croissance au dessus d'une température de 25 °. Mais si elle manque de soleil et de chaleur comme ce printemps, elle va avoir une forte teneur en azote et être un peu trop laxative pour les vaches. Il faut leur proposer un complément plus sec, plus énergétique, du foin par exemple.
Les refus sont les touffes d'herbe poussées sur les bouses que les vaches ne broute pas sauf s'ils sont fauchés.


2ème étape : la prairie de fauche.

En descendant la rabine pour nous y rendre, nous admirons les très vieux pommiers : ils disparaissent peu à peu car ils ont 80 ans et ont largement dépassé la limite d'âge.
Cette prairie a été semée avec un mélange de luzerne, de trèfle et de graminées. 
luzerne, trèfle et pois

La luzerne est une légumineuse très répandue dans le monde entier car elle est très résistante à la sécheresse grâce à ses racines profondes.
Dans nos régions, une prairie se fauche 3 fois par an : fin avril pour l'ensilage (fort taux d'humidité de l'herbe) ; puis un foin au printemps et un autre à l'automne.
Cette année, le foin de printemps, compte-tenu des pluies abondantes, a été conditionné selon la technique de l'enrubannage. C'est un moyen terme entre le foin (88 % de matière sèche) et l'ensilage (30 % de matière sèche). 
Pour la santé des plantes, il faut les laisser monter en fleur une fois par an.


3ème étape : le champ de méteil (au dessus de la prairie de fauche).


triticale, avoine et pois
Semé d'un mélange de triticale (hybride entre seigle et blé, très résistant aux maladies), d'avoine et de pois (légumineuse), il produit un aliment concentré et équilibré pour les vaches. Avec l'apport énergétique fourni par les céréales et l'apport en protéine des pois. 

Ce méteil est moissonné quand il est à maturité : observation de la dureté du grain. La paille servira pour la litière des animaux comme celle du blé.
Certains épis ont versé sous l'effet de la pluie et du vent, ce qui n’empêchera pas la moissonneuse de les ramasser.


4ème étape : un vêlage au champ.

Nous observons de loin la mise au monde, sans remue ménage, d'un petit veau. 
premiers pas

Nous rapprochant, Yvonnick nous présente Espérenza, la mère et Hacienda, la nouvelle-née. La déclaration de naissance donne lieu à une identification matérialisée par les 2 boucles d'oreille garantes de la traçabilité.Très rapidement (20/30 minutes) Hacienda cherche à tenir debout et finit par y parvenir après de nombreuses chutes. Puis elle se dirige vers les mamelles de sa mère, primipare, qui met un peu de temps à se laisser faire.
La gestation a duré 9 mois ; 6 semaine avant le vêlage, on « tarit » la vache (on ne la trait plus pour qu'elle se repose). Le vêlage se passe généralement sans aucune intervention. La vache mange son placenta. La séparation se fait dès le 1er jour afin d'éviter le stress. Le lait de la mère est commercialisable au bout de 7 jours.
À Ifer, il y a 45 vaches laitières et il faut environ 15 génisses par an pour le renouvellement du troupeau. Les mâles sont vendus.

5ème étape : le champ de maïs.

Ce maïs est destiné à l'ensilage après hachage de toute la plante (tige, feuilles, épis) quand le grain n'est pas encore sec. Ce maïs est stocké sous bâche afin de permettre une fermentation anaérobie. 
Sylvie et Yvonnick
Cela constitue un aliment pour les vaches l'hiver en association avec l'ensilage d'herbe et le foin.
Possibilité également de stocker le maïs sous forme de bouchons déshydratés.
Un labour peu profond (10 à 15 cm) est utilisé afin de désherber la parcelle avant les semis. Ce désherbage est ensuite continué par le passage de la herse étrille  à 2 cm de profondeur au moment des semis et par le passage de la bineuse qui nécessite un réglage très précis.

6ème étape : le champ de blé.

Chaque grain semé il y a 9 mois a donné 3 épis de maïs par tallage. La culture du blé nécessite plus d'eau que celle du maïs mais pendant la période hivernale à l'inverse du maïs.
le champ de blé

Sylvie décortique le grain pour éprouver sa dureté et donc sa maturité. La moisson s'effectue quand la teneur en humidité du grain est descendue à 14 %. La moissonneuse travaille vite et bien. 
Nous admirons le mélange des épis et des coquelicots (qui font des graines en très grande abondance, dont les racines sont importantes et qui ne font pas d'aliment ….).



7ème étape : retour à la 1ère pâture,

où les vaches se sont installées après la traite. Nous repérons les 3 races : Holstein, Normande, Montbéliard.

la pâture

8ème étape : discussion autour du nouveau PLU.

Des terres agricoles (environ 12 hectares) y sont déclarées « à urbaniser » pour pouvoir étendre les zones d'activité du Pont d'Ohin (Mailleux) et du Boulais. 
Ces terres se trouvent faire partiellement partie de la ferme d'Ifer (environ 6 hectares).
Sylvie et Yvonnick n'ont pas été associés à l'élaboration du PLU et n'ont même pas été informés de cette modification importante.
Ils sont venus protester lors du dernier Conseil municipal pour défendre la cohésion de leur ferme, la cohérence de leur travail qui valorise une ressource non délocalisable (« les meilleures terres d'Acigné »?), qui participe à la préservation du milieu naturel, de l'eau, de la biodiversité.
De ce point de vue, on peut souligner que l'usine Mailleux est située dans un bas-fond, c'est-à-dire une zone particulièrement sensible. Imperméabiliser encore des terres dans cette zone aurait un impact fort sur le milieu.
Les zones d'activité sont évidemment utiles. Mais, comme pour les habitations, on peut se poser la question des limites … , de choix politiques, de réorganisations ...
Avec Via Silva, la ville de Rennes va rejoindre la rocade nord-est. De l'autre côté, cette dynamique urbaine est-elle vouée à poursuivre sa route de façon inéluctable ? Juste bornée par de jolies trames vertes et bleus ...
L'enquête publique aura lieu à l'automne. Les plans cadastraux avec délimitation des zonages sont consultables sur demande à l'accueil de la mairie.